The Elder Scrolls IV : OblivionCes dernières années, j’ai, par la force des choses, regardé d’un peu plus loin l’actualité vidéoludique. Un des derniers jeux dont j’ai guetté la sortie avec intérêt fut Oblivion… Après tout, Morrowind était un très bon opus des Elder Scrolls, qui manquait juste de finition (c’est le moins qu’on puisse dire).

Aussi, lorsqu’il est sorti, et, à la faveur d’une éclaircie providentielle de mon emploi du temps, je me suis jeté dessus comme un camé en manque, pour m’y immerger comme un no-life et finalement vous livrer bien plus tard une critique comme un professionnel. (Attention, cependant, ce test contient quelques spoilers. Mais bon, si vous n’y avez pas encore joué, ce n’est sûrement pas un hasard.)

Une grosse prod en Tamriel

Au début, on ne peut pas dire qu’on soit très dépaysé (par rapport à un Elder Scroll, on s’entend bien). Le tutoriel, assez long, a le mérite de faire le tour de la plupart des nombreuses possibilités que vous offre ce monde. Elder Scrolls oblige, la liberté d’action est à peu près totale. Vous pouvez aller à peu près n’importe où, tuer à peu près n’importe qui. Les graphismes sont somptueux (bien qu’il ait pris un petit coup de vieux) et la nature convaincante, même si les forêts sont un peu trop claires à mon goût.

The Elder Scrolls IV : OblivionPar rapport à Morrowind, il a le mérite d’ajouter des voix à tout ce qui s’y dit (c’est toujours plus agréable que les pattes de mouches de son prédécesseur, même si du coup, le jeu a peut être un peu moins de contenu de ce coté là) et le Radiant AI, permettant de donner des emplois du temps aux personnages, le rend assez vivant. On peut voir des relèves de gardes, des dîners, des gens qui dorment, ferment leurs magasins, vont travailler dans les champs et ainsi de suite. Les animations étant moins ridicules que dans Morrowind, le tout est plutôt réussi, et donne envie de se balader et de découvrir les environs.

De même, le premier contact avec l’Oblivion est saisissant : voir les silhouettes de ces tours cyclopéennes et lugubres au milieu d’une paysage de désolation volcanique se découper à l’horizon grâce à la lueur d’un éclair, voilà qui vous pose un décor.

La progression dans les guildes a aussi été rendue plus intéressante grâce à des quêtes plus scriptées et des récompenses au fil de vos promotions. D’une manière générale, toutes les quêtes sont sympathiques et contiennent souvent un peu d’humour noir, ce qui n’est pas pour me déplaire. Par les neuf Divins ! Il y a même une arène pour se couvrir gloire !

Enfin, le système de combat a été fortement amélioré. Dynamique, il est, je pense, un des meilleurs du genre. Prise en main immédiate, pas trop complexe, le panel d’actions possibles dépendant des compétences de votre personnage, il a beaucoup d’atouts pour lui.

Je peux vous dire que mes premiers niveaux n’étaient pas loin d’être idylliques. Le jeu semblait tenir toutes ses promesses et était d’une fluidité exemplaire. L’illusion était parfaite. Ô traîtresse vérité ! Tu te cachais, l’apparente perfection de mon expérience ludique n’était que le fruit de tes perverses machinations !

Jeu de… quoi ?

Je digresse un peu avant de continuer : qu’est ce qu’un jeu de rôle, au fond ?

The Elder Scrolls IV : OblivionVous contrôlez un (voire plusieurs, mais ce n’est pas le cas ici) avatar dans un monde parallèle, qui, via les actions que vous lui faîtes accomplir, devient plus puissant, trouve de meilleurs objets, s’enrichit, et ainsi, ce qui était dur devient simple, et ce qui était impossible devient dur.

Cela implique souvent une interaction avec d’autres personnages supposés dotés de conscience, qui vont de temps à autres vous servir de faire valoir : vous réussissez là où ils ont échoué, ou en dépit de leurs attentes. Le but dans un jeu comme Oblivion est finalement de flatter son (alter ?) ego.

Vous avez tout à fait le droit de ne pas être d’accord avec tout ou partie de mon précédent paragraphe. Ce n’est que mon opinion, après tout. Mais quel que soit ce que vous attendez de ce jeu, la critique qui en découle devrait rester valide. Elle est simplement particulièrement pertinente dans ce cas.

Le complot

De quelles perverses machinations parlais-je plus haut, vous demandez-vous ? Tout tient dans le level design. Ou plutôt, son absence dans certains points. Il n’y a pas de zones de haut niveau ou de bas niveau, dans Oblivion. Il n’y a pas de donjon intrinsèquement dur ou facile. Tout est à votre niveau. Les objets que vous trouvez. Les ennemis que vous rencontrez. Les récompenses que vous recevez. Les articles que les marchands vendent. Les sorts qui vous sont proposés.

Cela peut sembler un bon point a priori, car vous pouvez alors découvrir le monde à loisir dès le niveau 1… Là, j’admets que si votre seul but dans le jeu est de voir des paysages, alors oui, c’est un plus, mais vous risquez d’être déçu par la monotonie générale et le manque cruel de fantaisie (des rats, des ours, des loups… des forêts comme par chez nous… quel intérêt, au fond ? La faune de Morrowind était hideuse, mais au moins elle était originale, et les environnements vous transportaient vraiment dans un autre monde). Mais sinon, quelle plaie !

Il résulte de ce système des situations ubuesques, où, en particulier si les combats ne sont pas le point fort de votre personnage, vous ne pourrez plus voyager tranquillement, et des endroits que vous pouviez visiter tantôt vous sont désormais fermés, parce que vous êtes devenu plus puissant. Pour rester efficace, il va s’agir d’optimiser votre progression, ce qui peut s’avérer très ennuyant.

A partir de là, quel est l’intérêt de gagner des niveaux pour se retrouver face à des monstres qui seront de toutes façons aussi forts que vous ? Quel est l’intérêt d’aller fouiller un donjon qui ne contient que, selon toute probabilité, des armes que vous possédez déjà et que pouvez vous procurer facilement par ailleurs ? Pourquoi accomplir une quête maintenant, alors que si vous attendez un peu, la récompense sera meilleure ? Pourquoi, vous, le héros, qui avez été aux prises avec un seigneur daedrique et sa secte de fanatiques au penchant certain pour la destruction et la domination totale, qui avez combattu des légions maléfiques en d’innombrables points de l’enfer et en êtes revenu, qui avez libéré une cité de ses démoniaques envahisseurs, qui vous êtes illustrés à de nombreuses occasions dans d’épiques batailles, oui, pourquoi avez-vous toujours autant de mal contre ce pouilleux de bandit de grand chemin, qui a étonnamment le même équipement que vous, et qui ne tremblerait pas quand bien même vous cumuleriez les charges d’Archimage, de Grand Maître de la Guilde des Guerrier, de Chef Suprême de la Confrérie Noire et de Grand Champion de l’Arêne. Si vous aviez su, vous n’auriez sûrement pas fait tout ça, n’est-ce pas ?Apparemment, un petit tour à la décharge et le tour est joué… Ou alors, Oblivion essaie de vous faire comprendre que tout vient à point à qui sait attendre… Absurde est le seul mot qui me vienne à l’esprit quand j’y pense. Une authentique fausse bonne idée, en somme.

Le seul point où il n’est pas fade…

Ce n’est pas le seul reproche qu’on peut lui faire, ceci dit. D’autres défauts de moindre importance viennent parachever ce monumental gâchis et rendent à fortiori vains tous vos efforts pour progresser.

Par exemple, trouvez vous normal qu’on puisse grimper les échelons de la guilde des mages en ne sachant pas lancer UN sort (enfin, sorts de base mis à part). Trouvez-vous normal qu’on puisse être Grand Champion de l’arène au niveau 1, ou peu s’en faut ?

The Elder Scrolls IV : OblivionDe même, le monde est désespérément statique. Six mois après avoir libéré Kvatch, les habitants en sont toujours à camper devant, clamant qu’ils reconstruiront leur cité en plus grand plus beau et plus solide. Ce serait déjà bien qu’ils commencent. Vos actions n’ont de manière générale aucune portée. Vous ne pouvez tuer que les personnages qui ne sont utiles pour aucune quête (vous ne pouvez pas, comme dans Morrowind, « condamner » le monde en tuant un personnage central et continuer à jouer dedans), et finalement, à part une statue et une armure, vous ne vous retrouvez guère plus avancé à la fin de la quête principale. En ce sens, les quêtes de guilde sont peut-être plus gratifiantes.

La liberté totale aussi a ses inconvénients : on se retrouve à faire des actions génériques pour des personnages génériques et des récompenses génériques avec notre personnage à la gueule génériquement moche et à l’équipement dans la moyenne, le tout pour un résultat invisible . (bien qu’un jeu comme Gothic 3 bénéficie de la même liberté et vous donne l’impression que vous comptez vraiment.) Avouez qu’il y a plus motivant.

Le système de compétences a été inexplicablement simplifié. Je conçois qu’à l’extrême limite, on puisse se dire : « Bon, OK, on va dire que la masse et la hache, ça se manie pareil ». Par contre, quid de la dague et de la claymore ? Les mettre sous la même compétence n’a aucun sens ! Je ne suis pas un fanatique du système Elder Scrolls, je trouve que tous les personnages finissent par se ressembler, je ne vois même pas l’intérêt d’avoir des classes, donc ça ne me dérange pas trop, mais tout de même…

The Elder Scrolls IV : OblivionEnfin, les combats. Non, je ne vais pas me contredire. Mais oui, ils sont chiants. Ou du moins, ils finissent par le devenir. Parce que malgré toute la bonne volonté du système de combat, quand chaque duel se met à durer quinze minutes parce que le moindre donjon est rempli de dizaines de vampires quadri-millénaire, de demi liches et de trolls berzerks demi divin… vous commencez à trouver votre attribut « vitesse » et votre compétence « athlétisme » un peu faiblards. Ils n’auraient pas pu rendre tout ce joli monde moins résistant (joueur compris) histoire de fluidifier le tout, non ? Parce qu’au final, les combats ne sont pas durs, ils sont juste longs.

En un mot comme en cent (enfin, là, on les a allègrement dépassés) : « bof ». Le tout est remarquablement édulcoré. Quelques éléments ont été outrageusement simplifiés depuis Morrowind (progression dans les guildes, système de personnage), beaucoup fortement améliorés (immersion, combats, intérêt des quêtes), et le tout est coulé par un système de jeu aberrant, qui, à force de tout vouloir rendre plus accessible (je ne rentrerai pas dans le débat du pourquoi), finit par en retirer toute la saveur. Un jeu très oubliable, qui, une fois que le masque s’est percé de lui-même, lasse très vite. Reste la frustration d’un joueur devant un incommensurable gaspillage.

Il s’en est vraiment fallu de peu pour qu’il soit très très bon, seul le système de jeu qui fait progresser le monde en même temps que vous est vraiment rédhibitoire.

Merci d’avoir lu jusqu’au bout ce post catharsique…

PS : je ne parlerai pas de la communauté, même si elle a produit de nombreux mods de qualité. Tout d’abord, les consoles n’y ont pas droit, et au fond, qu’est ce que ça voudrait dire, que les développeurs peuvent sortir des jeux moisis mais si ils fournissent les bons outils avec, ça passe ?